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 Lux Tenebrae.

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« Microbe »
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MessageSujet: Lux Tenebrae.    Mer 11 Aoû - 14:52

    Lux Tenebrae.
    La Lumière des Ténèbres.


    * Un frisson lui parcourut le long du dos, et secoua tous ses membres, un à un. Le froid l'agrippa entre ses griffes, et la retint un long moment dans un état de demie-transe. Le monde n'avait plus d'emprise sur elle, elle s'en était échappé. La bise d'hiver lui giflait le visage, mais elle devait avancer, toujours plus loin. Son cœur battait à tout rompre, et ses soubresauts résonnaient dans tous son corps. Ils sonnaient comme les secondes au cadran d'une horloge, le temps s'écoulait bien plus vite, et les frêles pattes de la louve ne pouvait le rattraper. Les minutes perdues se multipliaient et semblaient se liguer contre la course frénétique de l'animal. Le vent lui même se mêlait à son histoire, et soufflait de toutes ses forces contre sa fourrure. Elle tremblait mais ne devait pas s'arrêter. La lande s'ouvrait à elle, découvrant ses fleurs mauves et jaunes, et ses rochers acérés. Les embruns faisaient régner leur terreur sur les ajoncs, et les oiseaux devaient se laisser emporter pour ne pas s'écraser. Ils volaient, projetant leurs ombres sur le regard apeuré de la louve. Ils étaient comme les messagers de la fin, comme les annonciateurs du chaos qui l'attendait. Elle sauta de rochers en rochers, se lacérant les pattes sur les coquillages qui s'éparpillaient sur le roc. La douleur n'était rien face à ce qu'elle redoutait. Une souffrance, bien plus grande encore, bien plus sournoise et secrète. La louve trébuchait à chaque pas, mais se redressait toujours avec un geste fier. Elle courait à présent. Elle se ruait sur le petit chemin qui l'avait vu arriver et qu'elle avait tant emprunter depuis. Il fallait qu'elle arrive à temps. La mer grondait dans son dos, en bas de la falaise. Elle lui criait d'aller plus vite, elle la poussait dans son élan et amplifiait sa peur profonde. La forêt l'accueillit dans son enveloppe sombre et mystérieuse. Elle ne ralentit pas devant la petite maison abandonnée qui piquait tant sa curiosité. Elle ne broncha pas lorsqu'un chevreuil bondit sur sa piste et s'évanouit dans les fougères. Ses yeux restait rivés sur ce qu'elle ne pouvait voir. Tous ses sens s'étaient mis en alerte lorsqu'une sorte de glas avait sonné brusquement dans son esprit. Son imagination avait fait le travail, et l'avait emporté dans un torrent d'images et de peurs révélées. Nyx s'arrêta brusquement.
    Ses pattes l'avaient mené à une petite clairière, traversée par une rivière aux reflets argentés. Elle coulait silencieusement entre les cailloux qui tentaient de stopper son cours. Elle était perpétuelle. Le temps n'avait aucun droit sur elle, et était impuissant face à son calme. Tout près d'elle, des iris bleus et jaune se courbaient au-dessus de l'onde. Ils semblaient vouloir s'abreuver de la volupté et de la beauté insaisissable du cours d'eau. Nyx ne s'émerveillait pas devant ce spectacle enchanteur. Elle suivit le grondement sourd de la cascade qui alimentait la rivière. Elle se dressait, majestueuse, éclatant ses fines gouttelettes sur la mousse des alentours. Nyx marchait maintenant, le long de l'eau, parcourant des yeux le trajet que la rivière empruntait continuellement. Le calme se faisait pesant autour d'elle. Seul l'écho de son souffle perçait le silence de la forêt. Les oiseaux s'étaient tût, et le vent s'évanouissait avant d'effleurer les branches. La louve se faufila entre les racines d'un grand arbre, un chêne plus d'une fois centenaire. Il avait gardé le sommeil et la jeunesse de sa fille depuis son arrivée, et le ferait jusqu'à son départ. Elle glissa son regard le long de son tronc sinueux. Elle cherchait. Elle scrutait les moindres nœuds de bois, comme s'ils décelaient le plus grand des secrets. Puis le froid l'envahit de nouveau. C'était l'un de ces froids de glace qui prenait les corps et les mordait avec cruauté. Il coulait le long de son dos, et tétanisait ses pattes. Il puisait sa force au plus profond du cœur de Nyx, et se délectait de ses soupçons. Elle contourna l'arbre. Elle était portée par un sentiment étrange et malsain, qui s'amusait à la faire souffrir. Il lui murmurait d'avancer, alors que ses pattes pouvaient à peine la porter. Il la soulevait entre ses mains blêmes, et l'obligeait à regarder. Nyx tourna la tête, et ferma les yeux. Non, elle ne pouvait décidément pas voir. Elle refusait. Quelque chose l'en empêchait. Elle devenait aveugle, toujours au même endroit. Un voile rouge recouvrit ses pupilles. Le froid allait l'envelopper à jamais, il l'emprisonnait lentement. Et elle se laissait faire, lasse de cette course qu'elle avait perdu. Qu'elle perdait à chaque fois. *

    Nyx ouvrit les yeux dans un sursaut. Les sueurs froides étaient bien réelles, et l'avaient réveillée une fois encore. Elle soupira et secoua la tête afin de retrouver le peu d'esprit qu'il lui restait. Elle observa l'endroit où elle se trouvait, et se leva péniblement. Sa tanière était bien précaire à côté de celle qu'elle avait habité ces dernières lunes. Elle s'en accommoderait bien, mais elle commençait à se demander si le vieux chêne n'était pas en train de lui manquer. Elle sortit dans l'air frais du matin, et balaya le sous-bois du regard. Lorsqu'elle était arrivé, quelques aurores auparavant, elle n'avait pas cherché plus loin que cet endroit, s'acclimatant du mieux qu'elle pût à cette atmosphère nouvelle. Elle avait visité les talus et les buissons, jusqu'à connaître dans les moindres détails les alentours de sa tanière. Elle s'avança et s'assit devant le trou béant de son abri. Les odeurs de proie ne manquaient pas, mais la faim avait déserté son estomac depuis deux jours déjà. Son premier rêve remontait à quelques temps déjà. C'était celui qui avait déclenché son départ, et amorcé sa remontée du temps. La vieille louve qui l'avait guidé jusqu'aux frontières de la forêt lui avait parlé de beaucoup de choses, mais semblait aussi avoir réveillé un instinct enfoui au fin fond de son âme. Depuis qu'il était là, son rêve revenait la hanter toutes les nuits. Nyx leva les yeux vers les pâles lueurs de l'aube. Les dernières étoiles s'éteignaient dans le feu grandissant du Soleil. C'était l'heure où les ombres nocturnes disparaissent, mais où les lumières dansantes et joyeuses du jour ne sont pas encore présentes. Les premiers oiseaux se mettaient à peine à chantonner leurs mélodies estivales. La jeune louve se leva, et se mit à papillonner entre les pins.

    Le grand champ aux couleurs dorées éclaira le regard de Nyx. D'ordinaire, ses iris d'un jaune pâle étaient froides, mais les blés et les fleurs de l'été avaient eût raison de cette distance instinctive. Nyx longea la lisière du champ, prudente à l'idée de rencontrer quelqu'un. Puis, le souffle chaud du vent la poussa à l'intérieur. Elle effleurait les herbes hautes avec plaisir, et se laissait caresser les pattes par les boutons d'or et les colchiques. Les gouttes de rosée s'évaporaient sous les rayons du Soleil, créant alors des milliers de petits arc-en-ciel sur les brins d'herbe et les quelques épis de blé. Le spectacle était féérique, et aucun cœur aussi glacé soit il, n'aurait pu rester indifférent en le contemplant. Nyx s'était tracer un chemin au milieu du champ, et découvrait à chaque pas une nouvelle fleur, un nouvel insecte ou un nouveau rongeur. Les papillons qui osaient s'approcher de son museau l'amusait par leurs battements d'ailes furtifs et colorés. Des moments comme celui-là lui permettaient d'oublier ses tracas, et assainissaient son esprit. Elle se sentait libre. Aussi libre que l'alouette qui chantonnait en survolant les herbes hautes, aussi libre que le campagnol qui grimpait le long des tiges, aussi libre que les nuages qui fuyaient avec le vent, hauts dans le ciel. Sa fourrure d'ombre se détachait de la lumière des fleurs, la distinguant encore du paysage. N'importe qui aurait pu l'apercevoir, pointer un fusil ou fuir à son approche. Et elle, elle souriait à ce qui était en train de lui arriver.
    Elle rebroussa chemin, effaçant les dernières traces de son passage, quand son attention fut attiré dans l'ombre du sous-bois. Elle leva les yeux le long de la petite colline qui la surplombait, et cherchait dans le bruissement des fougères celui qui avait brisé sa solitude. Elle s'assit, décidée à ne pas laisser partir l'intrus. Si elle était observée, il ne servait à rien de s'éloigner, autant attendre d'un côté au lieu de partir de l'autre. Si on voulait la voir, qu'on vienne la chercher, ce n'était pas à elle de crapahuter d'un bout à l'autre de la forêt. Elle patienta donc. Elle n'aimait pas l'idée d'être vue sans voir, mais elle savait aussi que c'était la seule solution pour atteindre son but. Celui qui l'avait fait s'aventurer dans cette contrée éloignée de son pays. Son humeur s'était assombri. Elle était là pour l'Observateur, et le sentait partout où elle allait. Elle l'admirait mais l'avait en horreur. Il savait et pas elle, c'était tout ce qu'elle connaissait de lui, et cela suffisait à obscurcir ses pensées et son jugement. Son impatience grandissait avec les minutes qui se suivaient. Elle se leva, et avança vers l'orée de la forêt. Elle le vit alors. Son pelage aussi clair que la neige se détachait du vert tendre des fougères au fur et à mesure qu'elle avançait. Elle posa son regard dans le sien, et le soutint. Son visage était dur, recouvert du masque qu'elle empruntait à son rêve, un voile qui sonnait faux mais qui dupait ceux qui le voyait. Elle resta immobile, se questionnant quant à l'identité, et les intentions du loup qui se tenait face à elle.


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Lux Tenebrae.

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